§3.2 – N : 2, Julie : 0

avril 18, 2010

-  Oui, bien  sûr. Que puis-je faire pour vous ? [je savais que les années passées à remplacer au pied levé la standardiste toujours malade ou enceinte – ou les deux – me serviraient]

-  Je vous contacte parce que votre profiiiiiiiiiiiil nous intéresse au plus haut poinnnnnnnnnnnnnnnnt. Nous sommes en pleine expansion, et nous recherchons des comptaaaaaaaaaaables pour …

-  Attendez, des comptables ?

-  Ouiiiiiiiiiiiii, pour …

-  Mais je ne suis pas comptable.

-  …

-  Je suis secrétaire de direction.

-  …

-  C’est marqué sur mon CV, en en-tête, Arial police 36, gras surligné. [non, en réalité je n’ai pas dit ça, j’ai juste toussoté, un peu gênée, comme si c’était moi qui venait de réveiller une parfaite inconnue à l’aube sans même avoir pris la peine de savoir, même vaguement, qui elle était] .

Le Rossignol semblait tout à coup avoir épuisé son stock de voyelles.

-  Bon, eh bien, c’est fâcheux, l’intitulé de votre profil devait être trompeur [ou alors c’est vous qui êtes une feignasse, ou une abrutie, ou une myope qui s’ignore]. Ecoutez, je vais reboucler avec ma hiérarchie, et nous vous recontacterons si nous avons d’autres postes à vous proposer. Merci et bonne journée, Mademoiselle Deltour !

-  Au …. »

Trop tard, le Rossignol avait raccroché.

Et  moi, j’étais bien réveillée. Et bien énervée aussi.

Le second coup de fil fut plus encourageant, la personne au bout du fil ayant, au moins, réussi à retenir mon nom de famille et faisant preuve d’un enthousiasme débordant quoiqu’un peu déstabilisant. Au vu de la situation et de la distance nous séparant, un entretien téléphonique fut fixé dans l’après-midi, à 15h30. On m’appellerait.

Vers 16h30, n’ayant eu ni appel, ni moyen de contact, je téléphonai au standard de l’entreprise. On me répondit poliment que Monsieur Jeanard était parti manger. Non, ils ne savaient pas quand il rentrerait. Et non, ils n’étaient pas au courant d’un entretien avec qui que ce soit. Mais oui, ils me recontacteraient.

Est-il besoin de préciser que j’attends encore ?

Les jours suivants furent ainsi ponctués d’appels inutiles, de situations ubuesques, de réponses négatives et de rappels promis (dans un bref instant de panique, je me dis que si toutes ces personnes se souviennent de mon existence en même temps, ça risquait de faire exploser ma ligne téléphonique).

Je retournai travailler avec le moral dans mes chaussettes, n’ayant en quelques semaines réussi à trouver ni appartement, ni travail.

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