§3.1 – Retour à la case départ

avril 16, 2010

Malgré tout ça, il me fallut quand même quelques jours avant de me remettre de ma déception. Une petite voix, qui ressemblait bizarrement à celle de ma mère, me sussurait que c’était un signe, qu’il ne fallait pas aller contre son destin, surtout quand ledit destin comprenait des sinécures comme, par exemple, pouvoir tout les soirs mettre les pieds sous la table familiale autour d’un petit plat maison.  Une grosse voix, qui ressemblait à celle du reste de l’univers, me grondait que ce n’était pas en faisant ma chochotte que j’allais faire quelque chose de ma vie, et est-ce que j’avais envie de passer mes soirées restantes le nez plongé dans des romans à l’eau de rose ou vissée aux redifs de Julie Lescaut ? (j’ai fait art dramatique au lycée, ce qui n’a pas aidé ma tendance naturelle à l’exagération).

Bref, après quelques moments difficiles, je décidai de me remettre en selle en cherchant, cette fois-ci, un travail. Je posai à nouveau quelques jours de congé, et, suivant le même principe, je m’attelai à l’ordinateur et commençai à ratisser tous les sites adéquats. A la fin de la journée, j’aurais pu retaper mon CV mot pour mot les yeux fermés, vu le nombre de formulaires que j’avais dû remplir avec ma formation (objectivement, mon domaine de prédilection a toujours été le regardage de mouches au plafond), mon expérience professionnelle (établissements Langlois, spécialistes du détourage de père en fils depuis 1492), mes compétences en langues vivantes (je sais dire « belle journée, mais demain il pleut » en patois, ça compte ?) et activités extra-professionnelles (aller au ciné, danser, boire) – tout ça pour me demander, au final, de le joindre comme fichier attaché, quel intérêt ?

Dans l’euphorie de la corvée réalisée, j’allai me coucher le cœur léger. Pour me retrouver réveillée le lendemain à l’aube (enfin, à 9 heures) par le téléphone. Une voix pimpante et guillerette demandait à parler à Juliette Deltour. Après avoir étouffé un premier réflexe inapproprié (« C’est pas moi, espèce de rossignol des champs à la noix, et ça va pas d’appeler les gens à cette heure-là ? »), je réveillai mes quelques neurones à coup de pied dans le derrière et réussi à articuler quelque chose de 1/ poli et 2/ cohérent :

« Mmmm, je suis Julie Delcours, c’est peut-être à moi que vous voulez parler ?

- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, bien sûuuuuuuuuuuuuuuuur, Mademoiselle Delcouuuuuuuuuuuuurs ! [Oh, vous avez eu un prix de gros sur les voyelles ?]. Jessica Tuard ici, de la société Football Logistiiiiiiiiiiiiiiiics. Je vous appelle après avoir vu votre profiiiiiiiiiiiiiiiiiil sur TopJob.

Cette petite phrase eut un effet miraculeux sur le reste de mes neurones, je me redressai dans mon lit et tentai d’avoir l’air aussi détaché et professionnel que possible.

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